Les dérèglements climatiques et l’investissement

une inondation avec un panneau signalétique pour les dérèglements climatiques

Les mesures qui consistent à réduire les dérèglements climatiques et s’y adapter sont le plus souvent classées comme chères et sont considérées comme une charge supplémentaire pour l’économie. Toutefois, les pays européens optent déjà pour des investissements dans des fonds publics et privés, dans le domaine des infrastructures, de la recherche, de l’énergie, du transport, de l’agriculture, de la protection sociale, du développement urbain, de la préservation de la nature ainsi que de la santé. Il est aussi nécessaire de veiller à ce que les dépenses actuelles dans tous ces domaines favorisent la prise de décisions respectueuses du climat et durables, qui vont contribuer à la création d’emplois. Faisons un focus sur les points essentiels à maîtriser sur l’investissement et les dérèglements climatiques.

Quel serait l’impact des dérèglements climatiques sur l’économie mondiale ?

Le surcroît de la température moyenne globale à l’échelle de la terre qui pourrait aller jusqu’à +7 degrés d’ici 2100 a principalement été amadouée depuis la première révolution industrielle, avec l’utilisation du charbon, du pétrole ainsi que du gaz. Selon les dires du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat ou GIEC, le PIB mondial pourrait réduire de quelques points de pourcentage avec un accroissement de la température moyenne de 2 à 3 degrés. Des pertes nettes plus conséquentes encore se produiraient avec les scénarios les plus alarmistes.

Par ailleurs, suite à cette augmentation de la température, des conséquences économiques graves apparaîtront rapidement. Selon toujours le rapport du GIEC, les pertes économiques moyennes à l’échelle du globe seraient probablement de l’ordre de 1 à 5 % du PIB pour 4°C de réchauffement de la température moyenne de surface par rapport aux niveaux de 1980 à 1999. On constate par ailleurs que les effets économiques, sociaux et environnementaux du dérèglement climatique sont diversement partagés entre les pays, en fonction de leur situation géographique ainsi que de leur niveau de développement économique. Cette constatation va s’amplifier au fur et à mesure. 

Ainsi, les pays qui sont en développement seront les plus affectés, du fait de leur position géographique, qui sont notamment au niveau des tropiques ou dans les régions désertiques. Aussi, leur structure économique, et principalement la place importante de l’agriculture dans la production nationale et l’emploi, représente un désavantage principal. 

Investissement et dérèglements climatiques : quelles actions mettre en œuvre ?

Pour agir contre les dérèglements climatiques mondiaux, il est possible de mettre en œuvre quelques actions, principalement en matière d’investissement.

Investir dans les infrastructures

A l’échelle mondiale, il faut savoir que nous consommons de plus en plus de ressources. De ce fait, nous avons besoin de plus de denrées, davantage de terres et surtout de plus d’eau afin de nourrir une population mondiale croissante. Aussi, il nous faut le maximum d’énergie afin de chauffer nos maisons et ravitailler nos véhicules en combustible. Afin de répondre à la croissance de notre consommation, il faut appliquer des modèles de production non durables, qui vont épuiser des ressources non renouvelables. Ce mécanisme engendre le dégagement de plus de polluants dans l’atmosphère, les masses d’eau et la terre.

Les efforts nécessaires pour faire face aux dérèglements climatiques doivent être considérés dans le contexte d’une transition plus large vers une «économie verte», un mode de vie durable nous permettant de bien vivre tout en gardant notre utilisation des ressources dans les limites soutenables pour notre planète. Le septième programme d’action pour l’environnement de l’Union européenne classe les «investissements» comme l’un des meilleurs piliers qui soutiennent cette transition.

Par ailleurs, les investissements sont indispensables pour faire face aux dérèglements climatiques, car les choix d’investissement à faire aujourd’hui disposent des implications à long terme, aussi positives que négatives, sur la manière dont les besoins de base de la société seront satisfaits à long terme. Aussi, les infrastructures font partie des principaux moyens par lesquels les investissements peuvent aider dans la gestion du changement climatique. Nos sociétés mettent en œuvre des infrastructures afin de répondre à tous les besoins de base de la société, notamment en matière d’eau, d’énergie et de mobilité. Ces infrastructures sont généralement très chères et sont utilisées durant des décennies. Il faut savoir qu’elles tiennent donc un rôle crucial pour accomplir notre mode de vie. Certaines décisions d’investissement pourraient procurer de réelles opportunités afin de changer la manière dont nous répondons à ces besoins, alors que d’autres risquent de nous enfermer pendant des décennies dans des pratiques non durables.

D’après les estimations du Fonds monétaire international (FMI), le monde a environ 4,8 billions d’euros de dépenses, soit 5,3 billions d’USD par an en subventions énergétiques, notamment pour des combustibles fossiles. La définition des subventions, telle qu’elle est donnée dans le récent rapport du FMI, prend en compte tous les coûts non payés de tous les dommages environnementaux provoqués par les combustibles fossiles. Dans le même rapport, le FMI stipule que les subventions directes, notamment, les politiques gouvernementales acquittant le coût de la production ou de la consommation de pétrole, de gaz et de charbon, tendent au total vers 460 milliards d’euros. Ces subventions risquent de donner des résultats non voulus, où les décisions d’investissement à long terme sur notre infrastructure énergétique continuent de favoriser les combustibles fossiles.

Dé carboniser les systèmes d’énergie et de transport

La combustion de combustibles fossiles fait aussi partie des principaux contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Par ailleurs, les combustibles fossiles sont aussi l’un des principaux composants du système énergétique mondial, répondant à nos besoins énergétiques pour ravitailler nos maisons, nos bureaux, nos usines et nos véhicules.

Il n’est pas toujours aussi simple de passer totalement des combustibles fossiles aux alternatives renouvelables durables. Une conversion pareille nécessite des changements dans l’ensemble du système d’approvisionnement en énergie, de la production à la consommation finale ainsi que le stockage et la distribution. À titre d’exemple, l’électricité émise par des panneaux solaires devrait pouvoir être mise à disposition pour son utilisation ultérieure à un autre endroit, ou même éventuellement dans un autre pays. Cela ne peut se réaliser que si des réseaux intelligents bien reliés sont mis en place. D’autres systèmes comme le système de transport, auront besoin d’un changement radical. La flotte automobile actuelle devra être changée par des véhicules électriques et donc, il faudra installer de nouveaux réseaux de transport public pouvant répondre à la demande de mobilité en fournissant des variantes à l’utilisation de voitures individuelles. L’investissement global nécessaire pour procéder à tous ces changements pourrait être très élevé.

Par ailleurs, d’après les estimations de la Commission européenne, 270 milliards d’euros par an d’investissements publics et privés supplémentaires seront nécessaires au cours des 40 prochaines années pour procéder à des systèmes d’approvisionnement énergétique et de transport de l’UE des systèmes à faible émission de carbone. Ce montant supplémentaire est équivalent à environ 1,5 % du PIB de l’UE et correspond avec l’estimation réalisée par le GIEC de la perte économique provoquée par les dérèglements climatiques, comprise entre 0,2 % et 2 % du PIB mondial d’ici 2050. Je vous invite par ailleurs à consulter le dernier rapport du GIEC paru en 2022 : lien ici

la mer et des icebergs pour les dérèglements climatiques

Orienter les dépenses actuelles

Les gouvernements, les citoyens ainsi que les entreprises investissent déjà dans les domaines de la construction de réseaux de transport, de la production d’énergie, du logement ainsi que des biens et services de consommation dans l’Union Européenne. Même si elles sont variables d’un État membre à l’autre, les dépenses publiques dans l’Union Européenne avoisinent les 50 % du PIB. Une partie de des dépenses représente toutes les dépenses d’investissement dans des domaines comme les grands projets d’infrastructure, la recherche, les services de santé, et tant d’autres. Il en est de même en ce qui concerne les dépenses des ménages ou des entreprises.

Dès lors, quel système d’énergie et de mobilité pouvons-nous bâtir pour l’avenir? Allons-nous opter pour un investissement à fonds perdus dans des solutions non durables ou allons-nous procréer des possibilités de développement d’alternatives durables et remplacer la manière dont nous répondons à nos besoins? Les financements publics peuvent ici tenir un rôle important en procurant des incitations et en émettant des signaux «verts» au marché.

Ainsi, la décision d’expédier des fonds publics qui viennent des combustibles fossiles vers la production d’énergie renouvelable, émettrait un signal clair non seulement aux producteurs d’énergie, mais également aux chercheurs et aux usagers de l’énergie.

Conformément à sa stratégie Europe 2020, l’Union Européenne réserve dans son budget pluriannuel 2014-2020, dans les un billion d’euros pour la croissance durable, les emplois ainsi que la compétitivité. 20 % de ce budget pluriannuel, au minimum, sera dédié à la transformation de l’économie de l’UE en une économie à faible émission de carbone et résiliente aux dérèglements climatiques. Pour atteindre ces buts, des objectifs climatiques ont été intégrés dans les politiques et programmes pertinents de l’Union Européenne, notamment les fonds structurels, la recherche, l’agriculture, la politique maritime, la pêche et le programme LIFE sur la préservation de la nature et l’action en faveur du climat.

Par ailleurs, les fonds sont complétés par des dépenses publiques sur le plan national, régional et local dans les États membres de l’UE, et par des investissements du secteur privé comme les entreprises, les plans de pension et ménages. Des filières de financement mondiales comme le Fonds vert pour le climat, fondé dans le cadre de la CCNUCC ou convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, existent aussi et consistent à aider les pays en développement à s’ajuster aux impacts du changement climatique et à opter pour des mesures d’atténuation.

Quelles sont les possibilités qui s’offrent à nous ?

Nous sommes en connaissance de ce que nous devons investir afin de répondre à la demande croissante dans certains domaines. Conformément au rapport de The New Climate Economy, l’utilisation d’énergie au niveau mondial devrait aller de 20 % à 35 % pour les 15 prochaines années. Pour répondre à cette demande, plus de 41 billions d’euros devront être investis entre 2015 et 2030 dans les différentes catégories d’infrastructure énergétique. La production et l’utilisation énergétiques qui représentent déjà deux tiers des émissions globales de gaz à effet de serre, le choix du type de sources d’énergie dans lesquelles nous investissons aujourd’hui, va déterminer largement si nous allons aboutir ou non à la limitation des dérèglements climatiques et le réchauffement planétaire à 2 °C.

Quelques secteurs et groupes seront inévitablement sanctionnés par ce virage et cette redirection des fonds vers des solutions durables. Les gouvernements devront alors venir au secours des politiques sociales afin de soutenir ceux qui sont impactés par cette transition. Les pouvoirs publics devront aussi s’aligner aux réalités changeantes. L’abandon total des combustibles fossiles va notamment entraîner une réduction des recettes fiscales et des redevances en provenance de ces secteurs. L’activité des secteurs touchés serait sans doute réduite, d’où des pertes d’emplois.

D’une certaine manière, les dérèglements climatiques sont déjà en cours. Malgré la crise économique qui a touchée l’économie européenne à partir de 2008, les éco-industries comme les énergies renouvelables, le traitement des eaux usées et recyclage, de l’Union européenne sont en perpétuel développement. Entre 2000 et 2012, elles ont noté une croissance de plus de 50 % sur la valeur ajoutée et ont créé 1,4 million d’emplois supplémentaires afin de porter l’effectif total à 4,3 millions, alors que le reste de l’économie aurait au cours de la même période une croissance relativement faible ainsi qu’une stagnation de l’emploi. Cette forte création d’emplois dans l’éco-industrie peut aussi être estimée dans la perspective d’une main-d’œuvre en évolution et plus concurrentielle, où peu de personnes œuvrent dans des secteurs non durables.

Par ailleurs, de plus en plus conscients des enjeux, certains groupes d’individus et entreprises abandonnent aussi consciemment les solutions non durables pour se réorienter vers des créneaux innovants. Investir dans l’innovation ainsi que la recherche environnementale va aider l’UE à adopter des technologies plus propres et à bâtir un avenir durable, mais optimiserait aussi l’économie et la compétitivité de l’UE. L’Europe peut cueillir les fruits de sa position de leader mondial dans les éco-industries en optant pour l’exportation de sa technologie et de son savoir-faire afin de contribuer à répondre à la croissance anticipée de la demande mondiale en manière d’énergie, de mobilité et de logement.

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